Les statues du Crystal Palace, érigées à Londres en 1854 et racontées dans l'article Une brève histoire de la paléontologie des dinosaures, marquent la toute première rencontre du grand public avec des reconstitutions de dinosaures. Un siècle plus tard, le dinosaure est devenu un argument publicitaire, une vedette de cinéma, un personnage de roman et le sujet de jeux entiers. Cet article suit ce parcours culturel média par média : cinéma, animation et télévision, publicité et produits dérivés, parcs et expositions, jeux vidéo, littérature, et jeux de société.

Cinéma

Le cinéma des pionniers : Willis O'Brien et le stop-motion

The Lost World (1925), adaptation du roman d'Arthur Conan Doyle, est le premier long-métrage de l'histoire à faire cohabiter des créatures animées image par image (stop-motion) avec des prises de vue réelles. Willis O'Brien, qui produit alors environ cinq secondes de film animé par jour, y perfectionne une technique qu'il réemploiera huit ans plus tard [V1]. King Kong (1933) reprend en effet le même procédé pour peupler son « île du crâne » d'un bronthosaure, d'un cératopsien et d'un tyrannosaure fictif affrontant Kong lui-même [V2].

Affiche du Monde perdu (1925), premier long-métrage à mêler dinosaures animés image par image et prises de vue réelles : les dinosaures y traînent encore la queue au sol, selon les conceptions de l'époque

Source : Wikimedia Commons, First National Pictures (1925), domaine public.

Godzilla, le dinosaure devenu métaphore nucléaire

Godzilla, réalisé par Ishirō Honda avec les effets spéciaux d'Eiji Tsuburaya, sort au Japon le 27 octobre 1954 — quelques mois seulement après l'incident du Lucky Dragon 5, un bateau de pêche japonais irradié le 1ᵉʳ mars 1954 par les retombées de l'essai nucléaire américain Castle Bravo à Bikini [V3]. Dans le film, Godzilla est explicitement présenté comme un monstre marin préhistorique réveillé et muté par les essais de bombe à hydrogène dans le Pacifique — un diagnostic posé à l'écran par le personnage du docteur Yamane. Le design mêle des traits de tyrannosaure, d'iguanodon et de stégosaure ; la texture de peau, elle, s'inspire directement des cicatrices chéloïdes des victimes de radiations [V4].

Affiche japonaise originale de Godzilla (Gojira), sorti en 1954

Source : Wikimedia Commons, Tōhō (1954), domaine public au Japon.

Harryhausen et l'âge d'or du stop-motion

Ray Harryhausen, élève de Willis O'Brien, développe sa propre technique baptisée « Dynamation » et réalise quatre longs-métrages consacrés à des créatures préhistoriques entre 1953 et 1969. Un million d'années avant J.-C. (One Million Years B.C., 1966) et La Vallée de Gwangi (The Valley of Gwangi, 1969), où des cow-boys capturent un allosaure surnommé « Gwangi », animé sur environ 300 plans, définissent l'image populaire du dinosaure au cinéma pendant toute une génération, jusqu'à l'arrivée de Spielberg [V5].

Le modèle d'allosaure animé par Ray Harryhausen pour Un million d'années avant J.-C. (1966), exposé au National Science and Media Museum de Bradford (Royaume-Uni)

Source : Wikimedia Commons, Chemical Engineer, CC BY-SA 4.0.

Jurassic Park (1993) : la bascule numérique

Le roman de Michael Crichton (1990) et son adaptation par Steven Spielberg (1993) marquent une rupture technique autant que culturelle. Le film combine environ neuf minutes d'animatroniques grandeur nature du studio de Stan Winston et six minutes d'images de synthèse photoréalistes produites par Industrial Light & Magic — Spielberg, initialement réticent au numérique et prévoyant plutôt du stop-motion, change d'avis après un test CGI concluant [1]. C'est la première fois que des créatures entièrement numériques paraissent aussi vraies que des animaux filmés — un tournant pour l'ensemble de l'industrie des effets spéciaux [V6].

Affiche originale de Jurassic Park (1993), avec le squelette de tyrannosaure qui deviendra le logo de toute la franchise

Source : affiche originale, Universal Pictures (1993), usage équitable (fair use).

Maquette du tyrannosaure de Jurassic Park (1993), photographiée dans une exposition en 2011

Source : Wikimedia Commons, Nick Nguyen, CC BY-SA 2.0.

L'impact du film sur la discipline scientifique elle-même est documenté par plusieurs médias : toute une génération de paléontologues, entrés dans le métier après avoir vu le film enfants, est aujourd'hui surnommée la « génération Jurassic Park » [V7]. Le paléontologue Jack Horner — découvreur de Maiasaura et théoricien du soin parental chez les dinosaures — est consultant scientifique sur les cinq premiers films de la franchise ; Crichton a confirmé à plusieurs reprises que le personnage du Dr Alan Grant s'inspirait directement de lui [V8].

Le film a aussi figé, dans l'imaginaire collectif, deux erreurs devenues culturellement tenaces. D'abord la taille du « Velociraptor » : Crichton avait calqué ses raptors sur Deinonychus antirrhopus, un théropode nettement plus grand que le véritable Velociraptor mongoliensis — de la taille d'une dinde —, et Spielberg les a encore agrandis à l'écran [V9].

Crâne du véritable Velociraptor mongoliensis (spécimen AMNH 6515) — un animal de la taille d'une dinde, bien plus petit que le raptor de cinéma

Source : Wikimedia Commons, Smokeybjb, CC BY-SA 3.0.

Ensuite l'absence de plumes. Des indices existaient pourtant déjà avant 1993 : dès les années 1980, les illustrateurs-paléontologues Gregory S. Paul et Robert Bakker représentaient les dromæosauridés avec des plumes, en s'appuyant sur les travaux de John Ostrom reliant dinosaures et oiseaux [2]. La preuve fossile directe arrive peu après le film, avec les découvertes chinoises de Sinosauropteryx (1996) puis d'empreintes de plumes sur des dromæosauridés à la fin des années 1990. Pour le Velociraptor lui-même, il faudra attendre 2007 (voir « Perspectives »).

La franchise après 1993 : de Lost World à Jurassic World Rebirth

La franchise cinématographique se poursuit avec The Lost World: Jurassic Park (1997, 619 millions de dollars de recettes mondiales) et Jurassic Park III (2001, 369 millions), avant une pause de quatorze ans. Le redémarrage Jurassic World (2015) devient le plus grand succès commercial de la série avec 1,67 milliard de dollars de recettes mondiales — un record d'ouverture au box-office à sa sortie —, suivi de Fallen Kingdom (2018, 1,31 milliard) et Dominion (2022, environ 1 milliard), qui referme la trilogie Jurassic World. Une nouvelle relance, Jurassic World Rebirth, sort en juillet 2025 avec la plus grosse ouverture mondiale de l'année pour un film à ce moment-là — confirmant que, trente ans après le film original, le dinosaure de cinéma reste une valeur commerciale sûre [V10][V11].

Affiche de The Lost World: Jurassic Park (1997) Affiche de Jurassic Park III (2001) Affiche de Jurassic World (2015) Affiche de Jurassic World: Fallen Kingdom (2018) Affiche de Jurassic World Dominion (2022) Affiche de Jurassic World Rebirth (2025)

Les affiches des six suites, de The Lost World (1997) à Jurassic World Rebirth (2025). Source : affiches originales, Universal Pictures, usage équitable (fair use).

Animation et télévision

Du Sacre du printemps au Petit Dinosaure

Le dessin animé s'empare très tôt du dinosaure. Dans Fantasia (1940), Walt Disney illustre Le Sacre du printemps de Stravinsky par une histoire de la Terre qui s'achève sur le règne puis l'extinction des dinosaures, avec un tyrannosaure en vedette. Pour être aussi fidèle que possible, le studio sollicite des scientifiques, dont le paléontologue Barnum Brown, de l'American Museum of Natural History [V12]. Le point culminant de la séquence, le combat d'un tyrannosaure et d'un stégosaure animé par Wolfgang Reitherman, a durablement installé dans l'imaginaire collectif l'image du T. rex en prédateur ultime, malgré ses libertés avec la paléontologie [V13].

En 1988, Le Petit Dinosaure et la Vallée des merveilles (The Land Before Time), réalisé par Don Bluth et produit par Steven Spielberg et George Lucas, rapporte environ 82 millions de dollars dans le monde. Il lance une franchise de plus d'une douzaine de suites, pour la plupart sorties directement en vidéo [V14]. La même année naît aux États-Unis Denver, le dernier dinosaure, diffusé en France sur FR3 à partir de 1989. La série doit surtout sa place dans les mémoires à son générique, conservé lors de sa relance en images de synthèse sur M6 en 2018 [V15].

Sur la terre des dinosaures : le documentaire animalier

En 1999, la BBC diffuse Sur la terre des dinosaures (Walking with Dinosaurs), conçu par Tim Haines. La série filme les dinosaures comme des animaux sauvages, à la manière d'un documentaire animalier, en mêlant les images de synthèse du studio Framestore aux marionnettes animatroniques de Crawley Creatures. Elle coûte 6,1 millions de livres, ce qui en fait, selon le Livre Guinness des records, la série documentaire la plus chère jamais produite à la minute. Son premier épisode réunit plus de 13 millions de téléspectateurs britanniques, et la série remporte trois Emmy Awards en 2000 [V16]. Sa formule a fait école. En 2022, Apple TV+ lance Prehistoric Planet, produit par l'unité d'histoire naturelle de la BBC et par Jon Favreau, le réalisateur du Roi Lion de 2019. La série est narrée par David Attenborough et mise en musique par Hans Zimmer. Ses dinosaures, animés par le studio d'effets visuels MPC, intègrent les découvertes les plus récentes sur leur apparence et leur comportement. Une deuxième saison suit en 2023, puis Prehistoric Planet: Ice Age, consacré à la dernière période glaciaire et narré par Tom Hiddleston, en 2025 [V17].

Affiche de Prehistoric Planet (2022), la série d'Apple TV+ narrée par David Attenborough : un tyrannosaure nage entre deux îles, survolé par des ptérosaures

Source : affiche officielle, Apple TV+ (2022), usage équitable (fair use).

Publicité et produits dérivés

Sinclair Oil : le dinosaure comme argument commercial

Au début des années 1930, la compagnie pétrolière Sinclair Oil adopte un dinosaure vert — un apatosaure — comme mascotte, sous le nom de « Dino », déposé en 1932 [V18]. L'idée repose sur un raccourci scientifiquement contestable (le pétrole provient surtout de plancton marin fossilisé, pas de dinosaures), mais elle frappe les esprits : à l'exposition universelle « Century of Progress » de Chicago (1933-1934), Sinclair présente un modèle animé de deux tonnes, puis distribue des dinosaures en caoutchouc dans ses stations-service [3]. À l'exposition universelle de New York (1964-1965), le pavillon « Dinoland » de Sinclair expose neuf dinosaures grandeur nature en fibre de verre — dont un Tyrannosaure de 6 mètres — sculptés par l'artiste animalier Louis Paul Jonas ; environ 10 millions des 50 millions de visiteurs de l'exposition les ont vus, ce qui en fait la toute première présentation au monde de dinosaures grandeur nature en fibre de verre polychrome [4].

« Dino », le dinosaure vert de Sinclair Oil, devant une station-service à Pleasant Grove (Utah) en 2017 — une mascotte inchangée depuis les années 1930

Source : Wikimedia Commons, An Errant Knight, CC BY-SA 4.0.

Le boom du jouet : Kenner et au-delà

Dès 1993, le fabricant de jouets Kenner, sous licence d'Amblin Entertainment, lance une gamme de figurines articulées à la texture de peau en caoutchouc souple jugée révolutionnaire pour l'époque ; la ligne compte près de 50 figures différentes jusqu'en 1997 et s'écoule en quantités massives, installant durablement le dinosaure comme catégorie de produit dérivé à part entière plutôt que simple produit d'appel lié au film [V19].

Le dinosaure s'est aussi imposé hors des licences de cinéma. En France, la marque Papo, installée dans l'Essonne, en a fait l'une de ses gammes phares, aux côtés de ses animaux et de ses chevaliers. Ses figurines, conçues en France, sont modelées de façon réaliste et peintes à la main, certaines avec une mâchoire articulée [V20][V21]. Elles visent autant les enfants que les collectionneurs adultes, et ont contribué à faire de la figurine de dinosaure un objet d'apprentissage autant qu'un jouet.

Le tyrannosaure qui court de Papo, l'une des figurines phares de la gamme dinosaures de la marque française

Source : visuel produit Papo, usage équitable (fair use).

Parcs et expositions

Depuis les statues du Crystal Palace en 1854, le dinosaure grandeur nature attire les foules, comme l'a montré le pavillon « Dinoland » de Sinclair en 1964. Certains parcs vont plus loin et s'adossent à une véritable activité scientifique.

En Espagne, Dinópolis, inauguré en 2001 à Teruel, mêle parc d'attractions et musée paléontologique. Il dépend d'une fondation dont les chercheurs fouillent la région : ce sont eux qui ont mis au jour Turiasaurus riodevensis, l'un des plus grands dinosaures d'Europe [V22].

En France, le musée-parc des dinosaures de Mèze, dans l'Hérault, est bâti sur un gisement d'œufs de dinosaures vieux d'environ 72 millions d'années. Les visiteurs y découvrent des reconstitutions scientifiques et le squelette reconstitué d'un Brachiosaurus de 24 mètres de long [V23]. Le site a fait parler de lui en 2026 avec la mise au jour de plus d'une centaine d'œufs intacts, présenté comme l'un des plus grands gisements d'œufs de dinosaures d'Europe [V24].

Des reconstitutions de vélociraptors sous la pinède du musée-parc des dinosaures de Mèze (Hérault), en 2005

Source : Wikimedia Commons, Selmoval, CC BY-SA 4.0.

À l'opposé, les parcs Universal ont fait du dinosaure de cinéma une attraction à part entière. Dès le début des années 1990, avant même le tournage de Jurassic Park, Universal développe une descente en bouée inspirée du film. Jurassic Park: The Ride ouvre à Universal Studios Hollywood le 21 juin 1996 : avec 110 millions de dollars, c'est alors l'attraction de parc à thème la plus chère jamais construite, peuplée de dinosaures animatroniques. Une version jumelle ouvre en 1999 à Islands of Adventure, à Orlando, au cœur d'une zone entièrement consacrée au film. L'attraction d'Hollywood est rebaptisée Jurassic World: The Ride en 2019, et Orlando inaugure en 2021 les montagnes russes VelociCoaster, sur le thème des vélociraptors de la franchise [V25].

Entrée de l'attraction Jurassic World à Universal Studios Hollywood, en 2022 — la franchise a survécu au grand écran sous forme de parcs à thème bien réels

Source : Wikimedia Commons, Troutfarm27, CC BY-SA 4.0.

Jeux vidéo

Les pionniers : adaptations et tir à la première personne (1993-1999)

Le jeu vidéo s'empare du dinosaure dès 1993, avec plusieurs adaptations de Jurassic Park sur consoles (Sega Genesis, Super Nintendo). Mais l'une des rencontres les plus marquantes vient d'un jeu qui n'a rien d'un jeu de dinosaures. Dans le premier Tomb Raider (Core Design / Eidos Interactive, 1996), Lara Croft explore au troisième niveau, « Lost Valley », une vallée perdue cachée dans les montagnes du Pérou. Après quelques raptors, un tyrannosaure surgit et fonce droit sur elle. Armé de simples pistolets, sans endroit où se cacher, peu de joueurs survivent à cette première rencontre [V26]. La scène a fait trembler toute une génération de joueurs : le jeu s'est vendu à plus de 7 millions d'exemplaires [V27].

Le genre évolue ensuite dans des directions très différentes. Turok: Dinosaur Hunter (1997, Iguana Entertainment / Acclaim), l'un des tout premiers jeux de tir à la première personne sur Nintendo 64, se vend à 1,5 million d'exemplaires et contribue à populariser la console elle-même [V28]. Deux ans plus tard, Dino Crisis (1999, Capcom), réalisé par Shinji Mikami — déjà à l'origine de Resident Evil — et explicitement inspiré par The Lost World: Jurassic Park et Aliens, transpose la survival horror dans un centre de recherche infesté de dinosaures ; Capcom qualifiera le genre de « panic horror » plutôt que de survival horror, en raison du rythme plus rapide imposé par des dinosaures bien plus véloces que des zombies. Le jeu se vend à plus de 2,4 millions d'exemplaires sur PlayStation [V29].

Jaquette de Tomb Raider (1996) Jaquette de Turok: Dinosaur Hunter (1997) Jaquette de Dino Crisis (1999)

Les jaquettes de Tomb Raider (1996), Turok: Dinosaur Hunter (1997) et Dino Crisis (1999). Source : jaquettes originales (Eidos, Acclaim, Capcom), usage équitable (fair use).

L'ère de la simulation de parc et de la survie en bac à sable (2015-2021)

ARK: Survival Evolved (Studio Wildcard, accès anticipé en 2015, sortie complète en août 2017) place le joueur sur une île peuplée de dinosaures à apprivoiser et combattre, et devient l'un des plus gros succès commerciaux du genre survie [V30]. La même année, The Isle (Afterthought, accès anticipé sur Steam en décembre 2015) renverse la perspective : le joueur n'y chasse ni n'apprivoise les dinosaures, il en incarne un et doit survivre parmi les autres. Ses développeurs affichent l'ambition d'en faire « le jeu de dinosaures définitif », et le jeu est toujours en accès anticipé [V31]. Jurassic World Evolution (2018) et sa suite Jurassic World Evolution 2 (2021), développés par le studio britannique Frontier Developments avec la licence NBCUniversal, reprennent directement la prémisse du film — construire et faire fonctionner un parc à dinosaures — et comptent parmi les plus gros succès commerciaux de l'histoire du studio [V32].

Jaquette d'ARK: Survival Evolved (2017) Jaquette de Jurassic World Evolution (2018)

Les jaquettes d'ARK: Survival Evolved (2017) et de Jurassic World Evolution (2018). Source : jaquettes originales (Studio Wildcard, Frontier Developments), usage équitable (fair use).

Littérature

Du pulp horrifique au roman vu par un paléontologue

Avant même le cinéma, la littérature avait déjà installé le dinosaure comme ressort narratif. The Lost World d'Arthur Conan Doyle (1912), adapté dès 1925 (voir plus haut), imaginait un plateau sud-américain isolé où subsistaient des dinosaures vivants — un schéma narratif du « monde perdu où le temps s'est arrêté » repris depuis par d'innombrables œuvres, Jurassic Park compris.

Frontispice de l'édition originale de The Lost World (1912) : les quatre membres de l'expédition fictive — Summerlee, Malone, le professeur Challenger et Lord Roxton — mis en scène dans une photographie destinée à faire croire à l'authenticité du récit

Source : Wikimedia Commons, photographie de William Ransford (Hampstead), domaine public.

Quarante ans plus tard, la nouvelle de Ray Bradbury A Sound of Thunder (1952, publiée dans Collier's) invente le scénario inverse — un safari de chasse au tyrannosaure via une machine à remonter le temps — et introduit au passage le concept d'« effet papillon », popularisé depuis dans toute la science-fiction [V33].

Le roman de Michael Crichton Jurassic Park (1990, voir plus haut) marque le sommet commercial du genre, suivi d'une suite, The Lost World (1995), adaptée au cinéma dès 1997. La même année, le paléontologue Robert Bakker — l'un des tenants historiques de l'hypothèse des dinosaures actifs et à sang chaud (voir Le métabolisme des dinosaures) — publie Raptor Red (1995), un roman inhabituel raconté du point de vue d'une femelle Utahraptor, sans aucun personnage humain : une façon, pour un chercheur reconnu, de mettre en récit ses propres théories sur le comportement social et la cognition des dromæosauridés plutôt que de les publier sous forme d'article scientifique [V34].

Jeux de société

Du produit dérivé au jeu d'auteur

Comme le jouet et le jeu vidéo, le jeu de société s'empare du film dès sa sortie : Jurassic Park (Milton Bradley, 1993) est un jeu de parcours sous licence où les joueurs traversent le parc jusqu'au centre d'accueil en évitant des figurines de dinosaures en plastique, suivi d'une version dérivée de The Lost World en 1996 [V35]. Ces jeux restent de simples produits dérivés, pensés pour accompagner la sortie du film plutôt que pour leur profondeur stratégique.

Il faut attendre l'essor du jeu de société moderne, dit « jeu d'auteur », pour voir émerger des jeux construits autour du dinosaure comme mécanique à part entière plutôt que comme thème plaqué sur un jeu de parcours. Dinosaur Island (Pandasaurus Games, 2017), conçu par Jon Gilmour et Brian Lewis, reprend la prémisse même de Jurassic Park — concevoir et faire fonctionner un parc à dinosaures, jusqu'à leurs inévitables évasions — sous la forme d'un jeu de gestion de ressources et de placement d'ouvriers ; il reçoit plusieurs nominations aux Golden Geek Awards 2017, dont celle du jeu de l'année [V36].

Deux ans plus tard, DinoGenics (Ninth Haven Games, 2019), conçu par Richard Keene et financé sur Kickstarter, reprend la même prémisse sur le mode de la rivalité. Chaque joueur dirige une entreprise propriétaire de sa propre île, et tous se disputent sur le continent l'ADN et les ressources nécessaires pour créer leurs dinosaures. Un animal négligé ou mal enfermé tente de s'évader et sème le chaos dans tout le parc [V37].

La même année, l'éditeur français Ankama publie Draftosaurus, signé Antoine Bauza, Corentin Lebrat, Ludovic Maublanc et Théo Rivière. Dans ce jeu familial d'une quinzaine de minutes, les joueurs se passent des dinosaures en bois et les placent dans les enclos de leur parc, sous la contrainte d'un dé qui interdit certains enclos aux adversaires. Il figure en 2020 sur la liste des jeux recommandés par le jury du Spiel des Jahres, le plus prestigieux prix allemand du jeu de société [V38].

Boîte de Dinosaur Island (2017) Couverture de DinoGenics (2019) Boîte de Draftosaurus (2019)

Dinosaur Island (2017), DinoGenics (2019) et Draftosaurus (2019) : trois jeux de gestion de parc à dinosaures. Source : visuels des éditeurs (Pandasaurus Games, Ninth Haven Games, Ankama), usage équitable (fair use).

Perspectives

Du dinosaure publicitaire de Sinclair Oil au raptor numérique de Spielberg, en passant par le roman, le jeu vidéo et le jeu de société, la représentation populaire des dinosaures a presque toujours eu un temps de retard sur la science. Le cas du Velociraptor le montre bien. En 2007, des paléontologues identifient sur un os de son avant-bras de petites bosses alignées, semblables à celles où s'ancrent les plumes des ailes chez les oiseaux [5]. Le raptor écailleux de 1993 est pourtant resté longtemps l'image dominante du grand public.

Ce retard commence à se combler. En 2022, la série documentaire Prehistoric Planet (voir plus haut) montre des bébés tyrannosaures couverts de plumes et un Velociraptor qui ressemble davantage à « une dinde terrifiante » qu'à un lézard [V39]. La même année, Jurassic World Dominion fait entrer dans la franchise ses premiers dinosaures entièrement emplumés, comme Pyroraptor, aussitôt décliné en figurine par Mattel [V40]. Reste à savoir si ces nouvelles images finiront par remplacer celle que Jurassic Park a figée, ou si cette dernière continuera, comme les sculptures du Crystal Palace en leur temps, à vivre sa propre vie indépendamment des découvertes scientifiques.

Notre sélection

Pour prolonger la lecture, voici une sélection d'œuvres. Certaines sont présentées plus haut ; d'autres, absentes du texte, complètent le panorama.

Films

La saga Jurassic Park et Jurassic World

Sept films à ce jour, qui comptent parmi les plus gros succès de l'histoire du cinéma (voir « Cinéma ») [V10] :

Animation et cinéma familial

Aventure, fantastique et action

Affiche de King Kong (1933) montrant le combat de Kong contre un dinosaure sur l'île du crâne

Source : Wikimedia Commons, RKO (1933), domaine public aux États-Unis.

Séries et documentaires

Livres et bandes dessinées

Planche de La Terre avant le déluge de Louis Figuier (1863), l'ouvrage de vulgarisation dont Jules Verne s'inspire pour Voyage au centre de la Terre

Source : Wikimedia Commons, Fondo Antiguo de la Biblioteca de la Universidad de Sevilla, CC BY 2.0.

Jeux